
Le 6 février 1996, John Perry Barlow publiait A Declaration of the Independence of Cyberspace, en réaction au CDA prohibant notamment l’usage sur Internet des “seven dirty words”. Déclaration admirablement introduite par une injonction restée célèbre :
Well, fuck them.
13 ans après, il semblerait que certains n’aient toujours pas saisit le message.
Or depuis 1996, la technique évolua un tantinet.
- L’infrastructure s’est considérablement développée — augmentation du débit, couverture croissante du territoire, réseaux pervasifs — & le développement de logiciel de routage libre, l’organisation en structure ad-hoc (Gitoyen - FDN) rend possible par le particulier la maîtrise de sa connexion dans sa globalité.
- Les O.S. open source ( BSD, GNU/Linux, etc), après avoir conquis le parc mondial des super-calculateurs, des serveurs & de l’informatique embarqué (téléphonie, avionique, etc), tend à se développer maintenant sur les ordinateurs personnels. Incidemment, l’écosystème des logiciels libres couvre aujourd’hui une majeure partie des besoins. Donc Madame la Ministre de l’Interieur, quand vous proposez d’installer des logiciels espions sur les ordinateurs de particuliers. Comment souhaitez vous procéder ? En nous demandant gentiment la permission ?
- Quand à la cryptographie, elle se porte bien. Les principaux OS libres permettent aujourd’hui de chiffrer simplement son disque dur à l’installation. OpenPGP, OpenSSH, et OpenSSL ont permit quand à eux la démocratisation des échanges chiffrées.
Donc récapitulons
- En l’état de l’art, vouloir surveiller Internet relève du vœux pieu. Car Monsieur le Président de la République, quand bien même vous disposiez de la puissance de calcul nécessaire pour faire du DPI mâtiné de brute force en temps réel à l’échelle du réseau français, outre le coût inhérent à un tel projet, comment comptez vous assurer son alimentation électrique ? En demandant à RTE de tirer une ligne HVDC entre la Terre & le Soleil ?
- Concernant la gouvernance d’Internet, je rappellerai que celui ci est maintenu par une multitude d’acteurs (W3C, IETF, ICANN, etc), et dont l’infrastructure est autogéré par les différents FAIs regroupé au sein d’organisations continentales.
- Quand au filtrage, outre que cela contrevient à la neutralité du réseau, indispensable au développement économique — feu Minitel ne nous contredira pas — et que cela provoque régulièrement des effets de bord désagréable. Les enjeux techniques sont similaires à ceux induit par la surveillance. À chaque technique de filtrage, il existe des parades.
- Il ne reste plus qu’à attaquer les principaux sites de torrent, ainsi que les éditeurs de logiciels. Ce qui semble en UE difficile face à la défense King Kong.
Abordons plus en détail la loi «Création & Internet»
Pour rappel, la loi se base sur une infraction existante, le «défaut de sécurisation» de son accès internet, pour condamner les personnes dont ledit accès aurait permit de télécharger des œuvres en violation avec les droits d’auteurs et les droits voisins. Ce qui permet d’autre part de poursuivre aussi l’auteur du téléchargement, au pénal, selon la loi DADVSI.
Cette loi touche un point essentiel, la sécurisation des bornes WiFis des abonnés. Dans son numéro 41, la revue MISC publie une étude réalisé en 2007 portant sur leur sécurisation dans le 5ème et le 13ème arrondissement. Parmi les 30904 bornes découvertes, 48% ne sont pas ou peu sécurisé. Pour rappel, la protection dite “WEP” — équipant 41,4% des bornes — se casse en quelques secondes à l’aide d’un logiciel libre.
Mais tout le sel de cette loi repose sur le fait que ses adversaires présupposés lisent Sun Zi. Eux.
La riposte à la riposte graduée s’articulera probablement autour de deux axes; Pourrir l’organisation ennemi, rendre indécelable ses propres mouvements :
- Pourrir l’organisation ennemi, c’est jouer sur les effets de bord. Permettre que cette loi touche indistinctement tous les abonnées français, indépendamment de leur propension à télécharger. Via l’inclusion massive — par les principaux trackers, dans les réseaux P2P — d’adresses IPs françaises afin de provoquer des faux positifs. Dont probablement la votre. Et le seul moyen de prouver votre innocence, la charge de la preuve étant inversé, sera d’installer un logiciel payant de surveillance agréé par l’État. Logiciel dont les caractéristiques provoquent déjà la polémique.
- Rendre indécelable ses propres mouvements, c’est opérer la migration massive des usagers de réseaux P2P vers des protocoles chiffrées, la décentralisation et le tunneling vers des proxys extra-territoriaux. Sans compter l’utilisation de darknet comme Freenet, Tor ou GNUnet.
Un autre point intéressant concerne les WiFis publiques, comme ceux des espaces publiques, des hôtels, des restaurants. Ceux ci devront restreindre l’utilisateur à une liste blanche de site web constitué par un organisme officiel. Donc pas de mail. Ni de site comme ArXiv.
À contrario, certain propose comme alternative un système de retribution permettant en échange d’une redevance pour financer la création, de légaliser les échanges non commerciaux entre personnes. Mais comment déterminer sa redistribution ? En demandant aux trackers bittorents de rendre publique leurs statistiques par exemple. Permettant ainsi d’affiner la répartition par artistes, par chansons. Mais en s’attaquant à ces sites, est ce le meilleur moyen de développer une coopération avec eux ?
Il est temps pour les politiques d’accepter leurs limites, et de faire ce qu’ils font le mieux : le dialogue & la coopération.
Le temps presse. Internet tiendra certainement. Le secteur de la Création, non.
Partager cet article